Pédagogie sportive
Publié le 8 septembre 2026

Le relais, la pire des bonnes idées

Onze raisons de se méfier d'une activité aussi consensuelle qu'elle est, sur le fond, contraire à tout ce que l'on sait de l'apprentissage.

Il n'y a pas plus consensuel que le relais. Dans une cour d'école, un gymnase, un stade, une piste de ski : dès qu'il faut animer un groupe d'enfants avec un soupçon de compétition, le relais s'impose comme une évidence. Facile à mettre en place, universellement compris, il a pour lui l'ancienneté et l'unanimité.

C'est peut-être bien le problème. Le relais n'a jamais été pensé pédagogiquement, il a été hérité de la compétition. Et à y regarder de près, presque tout dans sa mécanique va à l'encontre de ce que l'on sait aujourd'hui de l'apprentissage.

Voici onze raisons de s'en méfier, construites en miroir avec ce que propose une activité comme Learn-O, où chacune de ces limites a justement été traitée.

01

Un nombre d'équipiers qui doit être identique

Le relais impose des équipes de taille rigoureusement égale, sous peine de fausser la course. Un enfant absent, une équipe impaire, et c'est toute l'organisation qui se grippe.

À l'inverse — une activité individualisée n'a que faire du nombre : chacun avance sur son propre parcours, indépendamment des effectifs.
02

Une confrontation qui s'effondre en cours de route

Dès qu'un écart se creuse entre deux équipes, souvent dès le premier ou le deuxième passage, le suspense retombe. La course est jouée avant la fin.

À l'inverse — une activité bien conçue fait monter la tension au fil de la progression, à mesure que chacun se rapproche de son objectif.
03

Un seul passage, aucun droit à l'erreur

Chaque enfant n'a qu'une occasion. Un passage raté, et c'est terminé pour lui, pas de rattrapage, pas de deuxième chance.

À l'inverse — l'erreur devrait être une donnée normale du processus d'apprentissage, pas une sanction définitive.
04

Le « boulet » sous les projecteurs

« Attention, regardez, il va nous faire perdre. » Cette phrase, tous les enseignants et moniteurs l'ont entendue, ou prononcée. Le relais expose mécaniquement l'enfant le plus faible au moment précis où il est le plus en difficulté.

À l'inverse — une activité pensée pour l'apprentissage protège la discrétion de chacun.
05

Le boulet pénalise, il ne fait jamais progresser

Dans un relais, l'enfant en difficulté ne peut que desservir son équipe. Il n'existe aucune configuration où sa contribution est positive.

À l'inverse — une activité mieux construite peut placer cet enfant en position de faire progresser son équipe.
06

Une fin de course écrasante

Une équipe termine, se félicite, célèbre sa victoire, pendant que, dans le même espace, d'autres enfants n'ont pas encore couru. Le message est sans ambiguïté : ton tour ne comptera plus vraiment.

07

Un seul enfant actif à la fois

C'est sans doute le point le plus lourd de conséquences : à tout instant, un seul membre de l'équipe agit, tous les autres attendent. Le temps d'engagement moteur et cognitif de chaque enfant est dérisoire.

À l'inverse — une bonne activité maximise le nombre d'enfants actifs à chaque instant, idéalement tous, en permanence.
08

Aucune mesure individuelle

Le relais ne produit qu'un résultat d'équipe. Impossible pour un enfant de savoir où il en est individuellement, de visualiser sa propre progression, de se situer.

09

Une épreuve sans filet

Qu'il s'agisse d'un problème matériel (une fixation qui casse, un témoin qui tombe, une carabine qui beugue) ou d'un souci technique quelconque, l'incident oblige souvent à tout recommencer, pour tout le monde.

À l'inverse — une activité correctement construite isole l'incident : seul le passage concerné est affecté.
10

Impossible de savoir qui est le meilleur

Paradoxe absolu d'une activité censée être compétitive : le relais ne permet quasiment jamais d'identifier le meilleur élève. Il est souvent placé en dernier relayeur et arriver dernier faute d'avoir pu rattraper un écart déjà creusé. Il court souvent seul quand toutes les autres équipes ont déjà terminé.

11

Un nombre d'équipes limité par le matériel

Le relais impose une contrainte logistique supplémentaire : le nombre d'équipes possibles est plafonné par la quantité de matériel disponible.

Aucun de ces onze points, pris isolément, ne suffirait à condamner le relais. C'est leur accumulation qui pose problème : une activité qui, sur presque tous les critères qui définissent une bonne situation d'apprentissage, échoue systématiquement.

Le relais n'est pas une mauvaise idée parce qu'il est mal exécuté. Il est une mauvaise idée par construction. C'est en cela qu'il mérite bien son titre : la pire des bonnes idées.

Reste une question légitime : peut-on encore proposer une activité par équipe sans reproduire ces onze écueils ? La réponse est oui. Développer cette solution dépasserait le cadre de cet article, mais elle existe bel et bien, c'est précisément ce que Learn-O a déjà construit.



Learn-O, articles & réflexions pédagogiques
Thierry BLONDEAU
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